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Focus

Mieux connaître l’impact de la chlordécone en Martinique

Une problématique spécifique aux Antilles

La chlordécone est la matière active d’un insecticide organochloré qui a été couramment utilisé aux Antilles, dans les années 80 sous les noms de Kepone, puis Curlone, pour lutter contre le charançon du bananier. L’autorisation de vente a été retirée par le Ministère de l’Agriculture en 1990, mais suite à des dérogations, son usage a continué jusqu’en 1993. Compte tenu de sa persistance dans les sols pendant des dizaines d’années (beaucoup plus dans certains sols), la chlordécone est retrouvée dans certaines denrées animales et végétales, dans l’eau et dans les chaînes alimentaires. Il s’agit d’une problématique importante et spécifique aux Antilles prise en compte dans le SDAGE*, en cohérence avec le plan d’action national relatif à la chlordécone (www.chlordecone-infos.fr).

En Martinique : quel constat aujourd’hui ?

On estime que dans :
• 56% des cours d’eau, l’eau est contaminée
• 70% des cours d’eau les animaux (poissons, crustacés) sont contaminés.

- Les bassins versants les plus contaminés sont situés dans le Nord-Atlantique, le Centre, puis le Centre-Sud
- La contamination est surtout présente à l’aval des bassins versants, c’est-à-dire à l’aval des parcelles de bananiers traitées avec ce produit.

La gestion du problème

Depuis 1999, l’Etat et les collectivités sont mobilisés pour faire face à la présence de chlordécone dans les sols martiniquais. Après avoir traité les ressources en eau potable, institué des modalités de prévention de la contamination des légumes, et mis en œuvre des mesures de réduction de l’exposition alimentaire, les pouvoirs publics ont orienté leur action sur la connaissance et la surveillance des milieux aquatiques (eaux continentales et littorales, sources d’eau, faune aquatique en eau douce et en mer). A ce titre, la pollution par la chlordécone du milieu aquatique fait l’objet d’un suivi régulier, d’un diagnostic approfondi de la situation et d’études plus poussées menées par des organismes de recherche.

- diagnostic de la contamination : Entre 2008 et 2011, la DEAL et l’ODE ont réalisé des mesures ponctuelles dans l’eau, la matière vivante (macrocrustacés et poissons) et les sédiments sur plus de 100 points de mesures. Suite aux prélèvements réalisés dans les cours d’eau, un arrêté préfectoral a porté interdiction de la pêche et de la commercialisation des poissons et crustacés pêchés dans les rivières.

- suivi régulier des masses d’eau : En parallèle dans le cadre de la mise en œuvre de la Directive* Cadre sur l’Eau, un suivi de la chlordécone :
• en cours d’eau est fait chaque mois dans l’eau et tous les 3 ans dans les sédiments sur une trentaine de points depuis 2007
• une analyse de la faune aquatique (poissons et crustacés) est réalisée chaque année sur une quarantaine de points depuis 2010
• dans les eaux souterraines, le suivi est biannuel depuis 2007 sur 20 points de mesures.

- études et recherches sur : • le devenir de la chlordécone dans les réseaux trophiques marins antillais par l’IFREMER (2009-2011)
• les réponses écotoxicologiques de juvéniles d’espèces locales à la chlordécone avec l’UAG (2009-2012)
• l’évaluation des processus de transfert de la chlordécone du sol vers les eaux souterraines avec le BRGM (2010-2012)
• l’évaluation des processus de transfert de la chlordécone du sol vers les eaux souterraines avec le BRGM (2010-2012)




La qualité des cours d’eau en Martinique

  • Le réseau de suivi :

La qualité des cours d’eau est suivie mensuellement par l’Office De l’Eau et par la Direction de l’Environnement de l’Aménagement et du Logement (DEAL) sur une trentaine de stations réparties sur tout le territoire. Une dizaine de stations sont suivies depuis 1999, le réseau a été complété en 2007 dans le cadre de l’application de la Directive* Cadre sur l’Eau. A ce jour, une vingtaine de stations sont réparties sur les masses d’eau. Elles permettent de rapporter sur l’état des cours d’eau à l’Europe et sont présentées sur les cartes.

  • Les paramètres analysés :

Ce suivi porte sur plus de 250 paramètres appartenant aux groupes suivants :

    • Les éléments généraux physico-chimiques :

Une série de paramètres physico-chimiques est mesurés sur le terrain ou en laboratoire (teneur en oxygène, en matière organique et en nutriments). Une altération de ces paramètres est la plupart du temps liée à des rejets de matières organiques ou de fertilisants dans les cours d’eau. Ces apports peuvent provenir des effluents domestiques, industriels ou agricoles.

    • Les pesticides :

Les pesticides sont des substances chimiques, minérales ou organiques de synthèse, également appelées « phytosanitaires » destinées à lutter contre les parasites animaux et végétaux des cultures. La contamination des milieux aquatiques par les pesticides est le plus souvent liée à l’épandage ou au rejet direct de produits phytosanitaires lors d’usages agricoles ou non agricoles (jardins particuliers, espaces verts et entretien des voiries).

    • Les autres micropolluants organiques (hors pesticides) :

Des micropolluants organiques d’origines diverses sont également recherchés : Hydrocarbures Aromatiques Polycycliques (HAP*), dioxines, retardateurs de flammes, plastifiants, anti-fouling …

    • Les micropolluants minéraux ou métaux

Ils sont présents de façon naturelle dans les eaux en raison de leur dissolution lors du contact entre l’eau et les minéraux du bassin versant. Toutefois des concentrations excessives en métaux peuvent être le fait d’une contamination anthropique d’origine industrielle, domestique ou agricole.

    • La biologie :

Les peuplements d’invertébrés aquatiques (insectes, mollusques, …) et de diatomées (microalgues unicellulaires planctoniques) sont suivis annuellement pour évaluer la qualité des cours d’eau. La biologie présente l’avantage d’intégrer de nombreux paramètres et de refléter les conditions rencontrées par les organismes sur un pas de temps relativement important.

  • Cartes de qualité

Trois cartes sont disponibles :

- une carte de la contamination des cours d’eau au chlordécone :

PDF - 1 Mo
Contamination* chlordécone

Ce pesticide a été appliqué pendant les années 70 à 90 dans les bananeraies pour lutter contre le charançon. Son usage a été interdit en 1993 mais sa très grande persistance dans l’environnement fait qu’il est encore le pesticide le plus fréquemment détecté dans les milieux aquatiques 20 ans après son interdiction. L’ampleur de la contamination a incité l’ODE à publier une carte uniquement dédiée à ce polluant. Pour en savoir plus sur le chlordécone et sur la contamination des milieux aquatiques consultez les études sur la détermination de la contamination des milieux aquatiques par le chlordécone.

- une carte de qualité des cours d’eau vis-à-vis de la matière organique, des nutriments et de la biologie.

PDF - 1.1 Mo
Qualité MO*, Nutriments et Biologie

Ces trois groupes de paramètres ont été synthétisés dans une seule carte car ils sont intimement liés. Un excès de matière organique dans les cours d’eau est la plupart du temps le résultat d’apports domestiques (eaux usées), agricoles (élevage) ou industriels (agroalimentaire). La dégradation de la matière organique par les bactéries consomme de l’oxygène et entraîne une diminution de la quantité d’oxygène dissous disponible pour les autres organismes vivant dans les rivières. Un excès de nutriments peut être le résultat d’un apport en matière organique ou de fertilisants (nitrates et phosphates) par l’agriculture. Une trop grande disponibilité des nutriments dans les milieux aquatiques peut entraîner une prolifération des végétaux aquatiques et une modification des peuplements des cours d’eau (phénomène d’eutrophisation). La qualité biologique des cours d’eau est très dépendante des deux groupes de paramètres précédents. Elle est mesurée sur la base de la composition et de l’abondance des peuplements de diatomées (microalgues unicellulaires planctoniques) et d’invertébrés aquatiques (insectes, mollusques, …).

- une carte de qualité des cours d’eau vis-à-vis de l’ensemble des pesticides

PDF - 1.1 Mo
Pesticides* 2011-2012

Plus de 80 pesticides différents sont détectés dans les cours d’eau de Martinique. Cette carte se base sur les classes de qualité des normes de potabilisation fixées par Le décret n°2011-1220 du 20 décembre 2011.

Avertissements : Cette valorisation a pour but l’évaluation de la qualité de milieux aquatiques naturels, elle est présentée à titre indicatif car les stations suivies ne sont pas des sites d’alimentation en eau potable et n’ont pas vocation à le devenir (sauf AEP* Vivé Capot).

Les normes de potabilisation utilisées ne concernent que les pesticides, aussi l’eau d’une station décrite comme « potabilisable sans traitement spécifique d’élimination des pesticides » ne peut toutefois pas être consommée sans traitement pour les autres paramètres (bactériologie, …).

Les cartes présentées dans le Schéma Directeur d’Aménagement et de Gestion de l’Eau (SDAGE*) sont établies sur la base d’une méthodologie fixée par la commission européenne qui s’applique à tous les pays membres de l’UE. Cette méthode permet de comparer l’état des milieux aquatiques de tous les bassins européens et présente l’inconvénient de masquer des problématiques locales. Les cartes présentées ici sont établies sur la base d’une méthodologie adaptée au contexte martiniquais et à la diffusion au public fixée par l’Office De l’Eau de Martinique. Les cartes présentées ici sont donc différentes de celles du SDAGE*.

Pour en savoir plus sur la qualité de l’eau potable, rendez vous sur le site web de l’Agence Régionale de Santé : http://www.ars.martinique.sante.fr/

Pour avoir plus de renseignement sur les cartes de qualité et la méthodologie mise en œuvre contactez l’Office De l’Eau au 05 96 48 47 20.

Les cartes qualité des années précédentes

PDF - 1 Mo
Contamination* chlordécone

PDF - 1 Mo
Qualité MO*, Nutriments et Biologie

PDF - 1 Mo
Pesticides* 2010-2011




 

Glossaire des mots associés à la page

Schéma directeur d'aménagement et de gestion des eaux (SDAGE)

Document de planification de la gestion de l'eau établi pour chaque bassin ou groupement de bassins, qui fixe les orientations fondamentales permettant de satisfaire à une gestion équilibrée et durable de la ressource en eau, détermine les objectifs assignés aux masses d'eau et prévoit les dispositions nécessaires pour atteindre les objectifs environnementaux, pour prévenir la détérioration de l'état des eaux et pour décliner les orientations fondamentales. Les SDAGE, approuvés pour la première fois en 1996 en application de la loi sur l'eau de 1992, ont été mis à jour fin 2009 pour répondre aux exigences de la directive cadre sur l'eau (DCE). Ils incluent désormais les plans de gestion prévus par cette directive. Le SDAGE est élaboré et adopté par le comité de bassin, et approuvé par le préfet coordonnateur de bassin. Le secrétariat technique de bassin constitue l'instance technique en charge de rédiger les éléments constitutifs du SDAGE. Il est établi pour la durée d'un cycle de gestion de six ans (2010-2015, 2016-2021, 2022-2027...) et est accompagné d'un programme de mesures qui identifie les mesures clefs permettant d'atteindre les objectifs définis. Les programmes et les décisions administratives dans le domaine de l'eau ainsi que les schémas départementaux de carrières (SDC) doivent être compatibles, ou rendus compatibles, avec les dispositions du SDAGE. Les schémas de cohérence territoriale (SCOT), les plans locaux d'urbanisme (PLU) et les cartes communales doivent être compatibles, ou rendus compatibles dans un délai de trois ans, avec les orientations fondamentales et les objectifs de qualité et de quantité définis par le SDAGE.

Directive
Acte juridique adressé aux Etats membres qui fixe des objectifs sans prescrire par quels moyens ces objectifs doivent être atteints. Les Etats destinataires ont donc une obligation quant au résultat mais sont laissés libres quant aux moyens à mettre en œuvre pour y parvenir. A l'initiative de la Commission, la cour de justice des communautés européennes peut sanctionner les Etats qui ne respecteraient pas leurs obligations.
Alimentation en Eau Potable (AEP)

Ensemble des équipements, des services et des actions qui permettent, en partant d'une eau brute, de produire une eau conforme aux normes de potabilité en vigueur, distribuée ensuite aux consommateurs. On considère 5 étapes distinctes dans cette alimentation : prélèvements, captages, traitement pour potabiliser l'eau, adduction (transport et stockage), et distribution au consommateur.

Contamination

Processus par lequel un biotope - et (ou) une population, voire une communauté toute entière - se trouve exposé à un polluant chimique ou radioactif.

Hydrocarbure aromatique polycyclique (HAP)
Groupe de plus de 100 composés organiques différents constitués de plusieurs anneaux de benzène. Certains d'entre eux sont persistants et cancérigènes. Les hydrocarbures aromatiques polycliques, plus connus sous le sigle HAP, sont généralement formés lors de la combustion incomplète de charbon, de pétrole, de gaz, de déchets ou d'autres substances organiques.
Matière oxydable (MO)
Matière organique carbonée ou azotée (substance d'origine biologique). Les matières oxydables constituent l'essentiel de la partie biodégradable de la pollution organique rejetée. Pour les éliminer, les bactéries présentes dans le milieu utilisent l'oxygène dissous dans l'eau. Des déversements importants de matière organique peuvent entraîner des déficits notables en oxygène dissous, perturbant ainsi l'équilibre biologique d'un cours d'eau.
Synonyme : Matière organique.
Phytosanitaire
Produits destinés aux soins des végétaux. Il peut exister une confusion avec les pesticides, qui sont des produits phytosanitaires, mais seulement destinés à lutter contre les organismes jugés nuisibles. Les produits phytosanitaires sont utilisés en quantités importantes, dans différents domaines d'application : en premier lieu l'agriculture, mais aussi la voirie (entretien des routes et des voies ferrées) et divers usages privés (jardinage, traitement des locaux, etc.). En fait les phytosanitaires dénomment les mêmes produits que les pesticides mais ils sont alors utilisés pour l'agriculture et la protection des cultures. Les produits phytosanitaires regroupent un grand nombre de classes de produits telles que : les insecticides (qui tuent les insectes), les fongicides (qui éliminent les champignons), les herbicides (qui désherbent), les nématicides (qui tuent les nématodes et les vers de terre), les rodonticides (utilisés pour se débarrasser des différents rongeurs tels que rats, souris, mulots, lérots, …).
Synonymes : Pesticide, Produit phytosanitaire.